dimanche 8 décembre 2019

Paris - Brest - Paris


Prologue

Depuis mon premier brevet de 200km en 2013, Paris-Brest-Paris m’a toujours fasciné. En 2015, j’avais réalisé tous les brevets qualificatifs, dans l’optique d’une « grande répétition », sachant d’avance que je ne pourrai pas m’inscrire à l’évènement. Étant apprenti dans le domaine agricole à l’époque, l’été c’est la haute saison ! Ma prochaine chance d’y participer serait donc en 2019...
Qu’à cela ne tienne, sur ces brevets j’ai pris beaucoup de plaisir, et d’autres évènements existent pour se faire la main. En 2017, je suis sur le parcours de la BTR, de monts en monts. Première expérience de plus de 600km super encourageante, dans ces paysages montagnards magnifiques et cette chaleur caniculaire. Je terminerai en haut du Mont Ventoux, parce qu’en retard sur mes prévisions : je pourrais finir dans le délai de 120h, mais je ne pourrais pas rentrer à temps pour terminer mon mémoire de fin d’études (au stade 50 % fini, dirons-nous…). En 2018 je réitère sur la Ronde Aliénor d’Aquitaine. J’ai lu des récits de participants 4 ans auparavant, et gardé cette randonnée dans un coin de ma tête. Je pars un peu plus préparé que je ne l’étais pour la BTR, mais pas autant que j’aurais voulu. Encore une fois, le parcours est top et la chaleur caniculaire. J’apprends beaucoup sur moi durant ces 86h de route.
Donc 2019 arrive, et je sais depuis longtemps qu’après le 15 août, je serai sur Paris-Brest-Paris ! Ma préparation physique est un peu plus consciencieuse qu’auparavant ; je veux partir en forme sur ce premier PBP. Je me pré-inscrit dans la première vague, grâce à la RAA validée en 2018. Je réalise mes brevets dans mes délais habituels, fais quelques sorties « préparation PBP » comme le brevet de grimpeur du nord Cotentin, des pompes tous les jours, et ne bois plus une seule goutte d’alcool.
L’été se passe, ma forme physique est bonne, mais ma forme mentale est bien entamée. J’ai complètement changé de domaine d’activité depuis 2016 pour me consacrer à ma passion, mais la « haute saison » se passe également en été, avec son lot de salons et d’évènements. Du 4 au 11 août, je suis donc sur la Semaine Fédérale de Cognac. C’était bien sûr prévisible, mais c’est marrant comme on a tendance à oublier, au fil du temps, le mauvais côté des choses. Je termine donc le 11 août l’après-midi dans une toute petite forme. La seule chose qui me ferait plaisir à ce moment est de prendre 1 mois de vacances, dont 1 semaine à rester immobile dans mon hamac. Seulement PBP est le 18 août, le Concours de Machines les 16 et 17, et je bosse les 12, 13 et 14 (en horaires aménagées, certes!). Je n’aurai donc que le 15 août pour dormir un peu, et prendre tranquillement la voiture vers Rambouillet. Mon hamac n’est pas prêt d’être déplié !

Rambouillet, nous voilà !

Cette année, le Concours de Machines se déroule sur PBP, et indirectement, j’ai participé à l’organisation en plus d’avoir participé à l’élaboration d’une nouvelle machine. Vendredi matin, nous passons en commission technique avec la machine Cyfac, Alex (le pilote) et moi. Puis montage des stands et barnums sous la pluie, mise en place de l’expo, et explications autour de nos vélos pour les visiteurs.
Rebelote Samedi. Je m’accorde quand même quelques siestes dans mon coffre de voiture, histoire de rester frais. Par chance, le pilote m’héberge dans la maison d’un membre de sa famille, à 800m du départ. On s’octroie une belle nuit de récup’, avant de partir Dimanche après-midi.
16h30, la pluie des deux jours précédents a laissé place au soleil, et je m’engage dans le sas de départ avec le sourire. J’attends ça depuis bien longtemps ! J’ai réussi a avoir ma place avec les vélos spéciaux et le Concours de Machines. Sas F, départ 17h15.

Paris-Brest

Le départ de notre sas est donné. Beaucoup se demandent ce que des vélos normaux foutent avec des vélomobiles, des vélos couchés et des vélos pliants. L’un d’entre eux lance « Mais c’est parce que ce sont des vélos anciens ! ».
Ma randonneuse, elle, a connu ses premiers tours de roue en Avril 2018, sur un brevet de 400km. Elle m’a permis de le finir sans encombre alors que je n’avais encore jamais roulé dessus. Ce vélo, je l’aime, et j’avais très envie de l’emmener sur PBP.
Dès la sortie de Rambouillet, dans cette première longue ligne droite, les vélomobiles nous dépassent à vive allure, ainsi que quelques tandems. Puis quelques groupes plus rapides. Je me connais et je me retiens, mon allure sera maîtrisée et plus que raisonnable sur les premiers 200km au moins. Mon plan est de finir en moins de 70h, et de ne m’accrocher à aucun groupe, pour vivre ce PBP au gré de ma forme et de mes humeurs. Il faut aussi préciser que je pars en totale autonomie, avec un cuissard de rechange, les vêtements pour le froid et la pluie, un sursac et un peu de bouffe.
Rapidement, un groupe se forme avec quelques participants du Concours de Machines : Matthieu sur son Pech’tregon, Sophie, sa compagne, sur son Cattin du CDM 2016, Marguerite, pilote pour Cattin cette année, Marc sur son Martignac, Nicolas avec sa licorne ficelée sur le casque et son Grade9, et Alain, le pilote d’Andouard, le plus expérimenté d’entre nous. Alain donne le tempo, qui me convient parfaitement.
La route défile, le vent de face souffle dans ces portions droites et plates. Nous nous abritons un certain temps derrière deux tandems successifs. Ils ne veulent pas être relayés, parce dès qu’un petit peu de relief apparaît, leur vitesse augmente ou diminue beaucoup plus vite que la notre. Nous croisons quelques tricycles anglais, et quelques pignon fixe. Il y a du monde sur la route, beaucoup de monde. De longs pelotons s’étalent et se succèdent. On voit également passer Fiona Kolbinger, vainqueur de la TCR quelques semaines plus tôt, en tête d’un peloton rapide du sas G, parti 15 minutes plus tard.
La nuit tombe doucement, et certains se sont déjà arrêtés sur des ravitos bénévoles en bord de route. Nous attendons l’entrée de Mortagne pour prendre un café au camping car d’une des connaissances du peloton, manger nos provisions, et nous couvrir pour la nuit. Nous filons à travers l’accueil de Mortagne, et continuons notre route ensemble.
Il fait nuit noire désormais. Une crevaison survient dans un virage, nous prenons 10 ou 15 minutes pour réparer à la frontale et repartons. La chaleur de l’après-midi a laissé place au froid, mais nous sommes loin de nous douter que les nuits suivantes seront bien plus rigoureuses. Nous faisons un nouvel arrêt peu après Mamers. Je suis super content d’y trouver des biscuits apéro de comptoir ; je suis parti sans Tucs par manque de place et je le regrette fortement. Nous reprenons la route, et je sens arriver un gros coup de fatigue : je suis en train de m’endormir. Je songe sérieusement à m’arrêter dormir au prochain contrôle de Villaines, ce qui compromet mon plan initial de rouler sans m’arrêter les 24 premières heures, et va me faire perdre du temps. Ce qui est sûr, c’est que je ne pourrai pas suivre le groupe après ce contrôle, soit parce que je ne pourrai plus tenir le rythme en piquant du nez, soit parce que je me suis arrêté dormir. D’ailleurs, je commence déjà à ralentir par rapport au groupe et je ne vais pas tarder à les quitter. Alors autant s’arrêter. Mais pour combien de temps ?
A ce même moment, je crois apercevoir au loin Philippe, patron et pilote des Cycles Berthoud. En me rapprochant, je me rends compte que c’est bien lui ! Étant arrivé avant moi dans le sas, nous n’avons pas pu prendre le départ ensemble, ce qui m’avait un peu déçu. Philippe, je l’ai rencontré en 2016 sur le Concours de Machines. Nous avions partagé un bon bout de chemin ensemble, et tout de suite j’ai su que j’allais l’apprécier. Nous nous sommes ensuite vu de nouveau sur et en dehors des salons, et notamment sur la Semaine Fédérale où il est coutume depuis 3 ans qu’entre l’équipe Cyfac et Berthoud nous partagions le logis et le couvert. Randonneur de longue date, il a déjà roulé et terminé 4 fois le PBP, toujours entre 60 et 70h. Y compris en 2011, sous des trombes d’eau. Autant dire qu’il se connaît mieux que moi, mais nous partageons une règle commune : ne s’accrocher à personne, et rouler uniquement comme on l’entend.
Nous étions donc la semaine précédente, ou plutôt devrais-je dire il y a deux semaines puisque minuit est désormais bien passé, sur la Semaine Fédérale. Je commence à lui demander son sentiment du moment ; il est parti fatigué et se sent tomber dans les bras de Morphée. En fait, nous sommes exactement dans le même état. Décision est prise de s’arrêter dormir ensemble au dortoir de Villaines. Nous roulons ces derniers km dans la difficulté.
Il doit être à peine 4h quand nous arrivons. Le groupe avec qui j’étais une heure plus tôt repart tout juste. Nous pointons avec Philippe et nous nous installons dans le dortoir pour 1h30. Je mets mon cache-cou sur mes yeux et mes bouchons d’oreilles. Philippe a oublié les siens. 5h30, nous nous faisons réveiller et allons prendre le petit dej. Nous profitons d’être sur un point d’accueil pour manger à la cantine. Il est 5h50 quand nous passons sur le portique de pointage. Le ciel se bleuit, ce qui commence tout juste à annoncer le lever du jour.
Philippe et moi retrouvons un rythme tout à fait acceptable lors de cette matinée, ce qui me fait penser que l’objectif que je me suis fixé est toujours en vue. Nous avons le même rythme de pédalage régulier, et quand viennent les bosses, nous profitons des descentes pour récupérer le maximum d’inertie afin de passer le haut de la bosse suivante en force et ainsi de suite.
Nous pointons à Fougères à 10h10. Petit arrêt à la boulangerie dans la grimpette qui nous sort de Fougères, j’en profite pour y acheter un wrap bien consistant. Philippe a l’impression d’avoir du jeu dans sa transmission depuis un petit moment, et au détour d’une zone commerciale, nous tombons sur le camion mécanique d’une petit équipe cycliste locale. Un coup de clé, et on repart.
La route passe et l’ennuie arrive. Philippe ne prend pas de plaisir, il voit petit à petit son objectif filer et ne retrouve pas l’ambiance conviviale qu’il connaît. C’est vrai, nous n’arrivons pas à rouler suffisamment vite tout en gardant du jus sous la pédale pour être en avance sur nos prévisions. En fait Philippe aurait aimé passer la barre des moins de 65h cette fois-ci. De mon côté, le vent de face continuel que nous avons depuis le départ, la foule de cyclistes et les voitures m’agacent, et je m’attendais à un paysage plus agréable à regarder. De ce côté, la RAA de l’année passée était parfaite : 184 partants en 2 vagues, et un tracé au poil sur des petites routes sympathiques (passé l’agglo de Bordeaux).
Et ce qui devait arriver arriva : Philippe évoque l’abandon. J’essaie d’échafauder une courte argumentation malgré la fatigue pour l’en dissuader : même si je pensais rouler ce PBP majoritairement seul, ou du moins sans compagnon(s) de route régulier(s), ça me ferait chier que nous nous séparions. Nous avons le même rythme de pédalage, et nous avons envie de faire des pauses au même moment. Je lui dit que pour ma part, j’irai au bout de ce PBP, quitte à prendre les 90h ou plus. C’est mon premier, PBP, et je veux voir Brest et revenir à Rambouillet à vélo. Et pour lui, avec 4 PBP tous terminés, ce serait vraiment couillon d’arrêter maintenant. Si nous avons envie de dormir, dormons, si nous avons envie de bien manger, mangeons bien, prenons soin de nous, prenons les 90 heures, mais allons jusqu’au bout.
Visiblement, mes piètres arguments ont fini par faire mouche, et le morale remonte quand nous pointons à Tinténiac, il est 13h40. Philippe va au stand mécanique de l’accueil : c’est en fait son pédalier René Herse qui est un peu desserré. Quand le speaker du point d’accueil commence à jacqueter dans son micro avec le volume poussé à fond, nous fuyons.
Nous avons récupéré Sébastien en cours de route, sur sa randonneuse Pech’tregon. Philippe le connaît bien, et je l’avais rencontré pour ma part lors du Concours de Machines 2018. Il en est à son second PBP. Pour faire suite à mon idée de prendre son temps et se faire du bien, nous trouvons un resto dans Tinténiac et commandons 3 moules-frites. Bah quoi ?
Honnêtement, j’ai mis toute l’après-midi à les digérer mais qu’importe. En cours de route, nous apprenons que Clément, membre de l’équipe Berthoud, se trouve à l’accueil de Quédillac avec de gros problèmes de digestion. Je pars le réveiller dans le dortoir, et croise au même moment Alex, le pilote Cyfac. Il accuse un peu le coup mais est en train de se refaire la cerise, attablé avec un petit en-cas. Clément lui, est en moins bon état. Nous prenons la décision de l’escorter jusqu’à Loudéac.
Nous arrivons tous les 4 à Loudéac sur les coups de 20h. Sébastien choisit de manger rapidement sur place quand nous, nous allons rejoindre l’assistance Berthoud. Oui, lui comme moi roulons en autonomie, mais Philippe a souhaité faire exception sur ce contrôle, pour pouvoir manger, enfiler un cuissard propre et remplir sa sacoche de bouffe. Nous en profitons pour dormir 1h dans le coffre de la voiture pour recharger un peu les batteries. Il doit être presque 22h quand nous repartons avec Philippe. Clément, lui, a pris la décision d’arrêter là.
La nuit est bien noire et bien plus fraîche que la précédente, mais le vent est un peu retombé. La petite heure de sommeil nous a fait du bien, surtout à Philippe, parce que pour ma part j’aurais bien dormi deux heures de plus ! Sur la route, quelques-un zigzaguent, et nous commençons à voir de plus en plus de gars arrêtés à l’arrache, au bord de la route. Cette route est encore longue jusqu’à Carhaix !
Nous arrivons sur les coups de minuit à St Nicolas du Pélem, le contrôle secret que tout le monde connaît. Nous croisons Thierry, que je vois régulièrement depuis deux ans sur les BRM d’Angers. Je suis content de le voir en bonne forme sur sa route de retour. Il nous dit qu’il s’agace d’attendre un type, et va prendre la route de ce pas. Nous, on a faim. Direction la cantine pour un repas complet, purée-poulet. La vache, ça fait du bien de bouffer de la patate ! Je m’endors un petit quart d’heure sur la table, avant d’aller dégommer la faïence. Jusqu’alors nous avions privilégié les champs de maïs, parce que les toilettes sont un vrai problème sur PBP, on en reparlera.
La seconde partie du chemin vers Carhaix est plus compliquée, nous roulons moins vite et la fatigue tombe. L’humidité est élevée, du brouillard commence à se former. Arrivés à Carhaix à 3h50, nous nous arrêtons dormir 2h pour repartir sur les coups de 6h. Le petit dej se fera à la sortie de Carhaix, dans un hôtel-restaurant où des participants ayant dormi sur place sont aussi en train de petit-déjeuner. C’est aussi pour profiter de wc propres et sans file d’attente interminable.
Le soleil se lève doucement, et le paysage se révèle. Les paysages sont vachement plus alléchants ici ! Le parcours monte une première petite bosse, pour descendre dans une vallée, et remonter doucement vers le Roc’h Trévézel. L’approche est verdoyante, et petit à petit se découvre le sommet désertique. Je ne m’attendais pas à trouver ce genre de paysage ici ! Une haie d’honneur de camping cars nous accueillent, puis nous descendons sur Sizun. La descente est vraiment chouette, ça fait plaisir de prendre de la vitesse. Le parcours bifurque ensuite avant Landerneau, pour plonger vers Plougastel. Le pont Albert Louppe est en vue, enfin ! Je l’attendais celui-là !

Nous nous arrêtons pour la traditionnelle photo, mais ne traînons pas non plus. On a la dalle. Philippe me prévient que l’approche du contrôle est long, ce que je constate ensuite. Pointage rapide au contrôle, où nous croisons Sébastien qui à son tour parle d’abandon. Nous essayons de l’en dissuader, mais il a l’air assez décidé. Pour nous, le plan est d’aller manger à la sortie de Brest, dans une grosse boulangerie. Nous y prenons notre temps, trop content d’être à Brest, mais nous venons d’abattre que la moitié du chemin…


Brest-Paris

Il est à peine 13h, quand après avoir dégommé les salades et pizzas de la boulangerie, nous voilà reparti dans une longue grimpette vers le Roc’h Trévézel. Le passage par Guipavas et Landerneau est moins intéressant que la route de Plougastel. A Sizun, petit arrêt pharmacie : des bouchons d’oreille pour Philippe, et de la pommade anti inflammatoire pour moi. J’ai les trapèzes hyper contractés, mais c’est une douleur qui ne m’inquiète pas particulièrement car assez habituel chez moi passé 600km.
Dans l’ascension, le Roc’h Trévézel apparaît beaucoup plus majestueux de ce côté ! Nous sommes bien en forme et montons à bon rythme. A peine le sommet atteint, je croise l’équipe de Jean-Claude Chabirand, le président de mon club, parti Lundi matin à 5h. Ça fait plaisir de les croiser ! A peine plus loin, je croise Fred (alias Droopy, rencontré grâce au forum) qui m’a l’air en forme. On se salue de vive voix. Ça me fait vraiment plaisir de croiser tout ce monde, dans cet endroit si particulier du parcours, alors qu’on aurait bien pu se louper à quelques dizaines de minutes d’écart.
Dans la descente, nous nous arrêtons 15 minutes pour faire une sieste au soleil. Oui, aujourd’hui le soleil est avec nous. Mais le vent aussi, après avoir tourné en même temps que nous, comme la météo l’annonçait. Quelle poisse quand même, le vent de face à l’aller et au retour !
Vers 17h20, nous voilà de retour à Carhaix. Nous pointons avec un petit mot pour rire à destination des bénévoles, et ne nous attardons pas. Oui, avec Philippe nous lâchons toujours une connerie suivi de grands mercis aux bénévoles, histoire de les remercier à notre manière, et de paraître plus en forme que l’on est. Pour eux aussi la nuit va être longue.
L’objectif est d’arriver à Loudéac pour l’heure du repas. Mais arrivés à St Nicolas du Pélem, nous savons que nous y serons un peu tard. Tant pis, nous avons l’assistance Berthoud qui a tenu le camp pendant près de 24h, des chefs ! Ils nous commandent des pizzas.
Nous pointons vers 22h30 à Loudéac, et nous dirigeons vers la voiture pour manger. Surprise, les locaux devant chez qui la voiture est garée ont entamé la conversation avec l'équipe, et nous accueillent chez eux pour manger ! Nous réchauffons les pizzas au four, et terminons par un morceau de kouign-amann… Philippe profite de leur douche, quand je profite de leur canapé pour piquer un petit somme. Je prendrai une douche plus tard. Un gros merci à eux pour leur générosité, et globalement nous avons eu un super sentiment quant à l’accueil des locaux.
Nous nous installons de nouveau dans la voiture pour dormir une petite heure au frais (il faisait bien trop chaud dans la maison). Nous repartons vers 0h30, pas facile… La nuit est glaciale, plus fraîche que les deux précédentes. C’est engourdissant, et ça accentue l’effet de la fatigue.
La nuit avançant, nous avons de plus en plus envie de dormir. Philippe commence à ne plus tenir sa droite. Lui qui la veille me disait ne pas comprendre comment on pouvait arriver à ce tel point de fatigue, est en train de l’expérimenter. Ses propos ne sont parfois pas cohérent. De mon côté, je me sens encore lucide, mais très fatigué. Vu l’état de Philippe, je ne veux vraiment pas prendre de risque. Nous sommes en approche de St Méen le Grand et donc plus très loin de Quédillac, mais je le force à s’arrêter dormir 20 minutes sur le perron d’un supermarché. Nous nous faisons réveiller par la lumière intérieure de la galerie, sans doute allumée par la sécurité.
Quelques kilomètres difficiles par notre état jusqu’à Quédillac, et nous décidons d’y dormir 3h après avoir pointé. De loin, le meilleur dortoir que j’ai fréquenté sur PBP. Il doit être 7h du matin quand nous nous réveillons. Le dortoir est presque vide désormais, et nous venons de dormir les 3h de sommeil les plus réparatrices du parcours. Avant de manger, j’ai sacrément envie de me vider. La longue queue aux toilettes du bâtiment me fait me rabattre sur les chiottes chimiques posées dehors, pleines à raz bord et avec la porte qui ne ferme pas. Rien à foutre, j’y vais. Oui, les chiottes sont vraiment un problème sur PBP. Allez le petit dej et on y va !
La matinée se passe bien, nous avons retrouvé un peu de forme. Tinténiac n’est pas très loin, nous y arrivons vers 9h20. Le speaker est encore un train de gueuler… Une nouvelle fois, nous n’y traînons pas. Il nous reste encore un peu de route.
A partir de ce moment précis, mes souvenirs deviennent flous. Je pense sincèrement qu’avec l’état de fatigue dans lequel j’étais, mes ressources cérébrales restantes se sont concentrées à me tenir en équilibre sur mon vélo et à me faire pédaler.
Toujours est-il que nous sommes arrivés à Fougères vers 12h20 (merci le tracking) et qu’il me semble que c’est à ce moment que nous y avons croisé Sébastien. Surpris, je lui dis que je le pensais dans un train entre Brest et Rambouillet. Il nous explique qu’après avoir eu la famille au téléphone, il est reparti de Brest à vélo.
Nous profitons de la cantine pour recharger les batterie. On se surprend à manger de plus en plus…
Un peu plus loin en repartant sur la route, il me semble que c’est aussi à ce moment là qu’on s’est fait dépassé par Stéphane, parti Lundi matin, organisateur des brevets dans le nord Cotentin que j’ai rencontré sur le cyclo grimpeur et croisé à la Semaine Fédérale. Il roule sur son Cyfac à raccords, avec de petites sacoches et des sandales SPD au pieds. Mais la vache, qu’est-ce qu’il envoie ! En même temps, entre son entraînement cycliste et càp trail, c’est un grand sportif.
Vers 17h, nouvel arrêt bouffe et je m’enfile un jambon beurre fromage. Le vent commence à tomber un peu, enfin je crois. En tout cas, je suis certain qu’à ce moment là, avec Philippe, on se sent en méga forme. On commence à appuyer fortement, on s’amuse, on prend un max de plaisir. On passe les bosse sans problème et quelques uns essaient de s’accrocher derrière nous, sans succès.
Arrivée à Villaines vers 18h20. On a encore faim, on se fait un vrai repas à la cantine après le pointage. Une équipe de gamins du village sont là pour nous porter nos plateaux, adorable. Ça commence à sentir l’écurie, et on le sait. On est méga motivés pour aller jusqu’à Mortagne.
La nuit tombant, tout devient un peu plus dur. Nous pédalons moins vite, et retrouvons notre rythme habituel. Arrivée sur Mortagne vers 23h, on a encore envie de s’éclater une belle assiette. Allez, un deuxième dîner ? Avec plaisir ! Et puis franchement, à Mortagne c’est de la bouffe de cantoche de bonne qualité, la meilleure des accueils sur PBP, on aurait tort de s’en priver. On passe un peu trop de temps au chaud à l’intérieur, mais ça fait du bien. Quinze minutes de sieste, et on se met d’accord sur le fait qu’on prendra la décision à Dreux de prendre la route pour les derniers 40km, ou de dormir.
La sortie du Perche est compliquée. La nuit est bien noire, froide (il paraît que c’est descendu à 4°C, comme la nuit précédente), et au milieu des bois. On lutte pour voir la route et on lutte contre le froid. Comme chaque nuit, des cyclistes sont endormis à l’arrache sur le bord de la route. Certains, repoussés par la froideur et l’humidité de l’herbe, s’installent sur le goudron sans se rendre compte qu’ils sont sur la chaussée, voir sur un stop. Arrive Senonches, marquant la fin du Perche. Pour autant, on n’est pas en meilleure forme et Philippe commence de nouveau à zigzaguer.
Il me semble que c’est juste après Senonches, que nous nous sommes arrêtés 20 minutes au pied d’une église, sous un pin parasol. Le lit d’aiguilles de pin, moelleux et chaud, c’est un sacré bon plan que je ne connaissais pas ! Après cette petite pause, nous avons les yeux rivés sur notre prochain objectif, Dreux. Nous appuyons sur les pédales comme des malades. Nous commençons à former un train auquel quelques cyclistes s’accrochent. Nous prenons des relais avec Philippe, et nous filons dans la nuit. C’est dingue comme parfois, les ressources surgissent de nulle part.
Honnêtement, la perspective de dormir à Dreux nous a bien motivés. Nous avons préféré encore une fois « prendre soin de nous » plutôt que d’arriver quelques heures plus tôt, en moins bon état. Arrivés à 4h25 à Dreux, nous pointons et allons nous coucher dans une petite salle, en haut des gradins du stade transformé en dortoir. On décide de dormir 2h
Levé 6h30 et quelques pour le petit dej. J’ai mon talon d’Achille droit qui grince pas mal à froid maintenant et mon genou gauche qui tire un peu, depuis Tinténiac. Ça a dû me prendre à cause du manque d’hydratation. Je mets un coup d’anti inflammatoire, ça ira pour les deux heures de vélo qui restent.
En rentrant dans la salle de cantine, je vois arriver Elisabeth. Mazette, « qu’est-ce que tous fous là ? Je pensais que tu avais déjà fini ! ». Ely (alias elyasmina), je l’ai rencontrée grâce au forum et au SCARM lorsque j’habitais à une heure de transilien de Paris. Nous avions formés la team apéro, avec Droopy (croisé au Roc’h Trévézel), Arturr (photographe sur PBP pour le CDM), CGG et le Baron. A notre actif, un brevet de 300 jusqu’à Dieppe avec un repas moule-frite gigantesque au milieu, et un nombre incalculable de litres de bière absorbés.
Ely s’est mangé de belles douleurs à cause d’une selle mal réglée, et pédale depuis un moment avec une seule jambe. Quelle force de caractère celle-là ! On se prend quelques pâtisseries tous les trois en papotant, et on repart vers 7h30.
Il nous reste donc deux heures à peu près, pour rentrer sur Rambouillet. On décide de les terminer tous les trois, à une allure proche d’une course d’escargots. Peu importe la montre maintenant, on sait qu’on homologuera ce PBP, et c’est tout ce qui compte.
9h50, arrivée à Rambouillet. Nous avons terminé cette randonnée tous les trois, nous passerons la ligne côte-à-côte ! Ely et Philippe passent le test du pot de cornichons avec succès, pour valider leur dextérité auprès du jury du Concours de Machine. Les félicitations du patron à l’arrivée me touchent.

crédit photo @Arthur Richard

Il ne reste plus qu’à aller pointer et récupérer cette médaille !

PBP, c’est fait, c’est terminé. On m’indique une douche chaude dans un bâtiment de la Bergerie : quel bonheur ! Je retrouve mon corps. Désormais, mon objectif est double : manger, et dormir.

Epilogue
J’ai passé mon après-midi à dormir au soleil dans le parc de la Bergerie, et manger des glaces. Quel bonheur ! Deux semaines et demie de vacances sont devant moi. Je vais enfin pouvoir sortir le hamac !
PBP c’est sans doute l’expérience la plus mythique que peut vivre un cyclotouriste, même s’il existe un tas d’épreuve de ce type. Le PBP c’est la démesure, c’est l’ambiance et c’est la légende. Je suis super heureux d’avoir bouclé mon premier PBP. Mon objectif personnel n’est pas atteint, mais finalement je me suis rendu compte que c’était idiot.
Jamais je n'aurais immaginé rouler 1000km avec une seule et même personne. Nous nous sommes soutenus mutuellement, et Philippe m'a tracté dans mes moments de faiblesse. Je tiens à le remercier encore une fois pour l'aventure qu'on a vécu ensemble, c'était vraiment chouette et c'est inoubliable!
Je sais que dans quatre ans je serai une nouvelle fois au départ. Je sais aussi que je partirai le Lundi matin, comme sur la RAA, et que je prendrai une semaine de vacances avant le départ.
Mais avant ça, direction la Baie de Somme pour se refaire une santé chez Brigadier !

mardi 9 avril 2019

Ronde Aliénor d'Aquitaine



9 mois plus tard, voici mon rapide retour sur cette aventure:

La Ronde Aliénor d'Aquitaine, c'est une boucle dans le sud-ouest de 1200km au départ du bordelais qui fait très schématiquement 1/4 vers l'est, 1/4 vers le sud, 1/4 vers l'ouest et enfin 1/4 vers le nord avec pour point culminant le Soulor (l'Aubisque ayant eu un bout de route écroulé pendant l'hiver, il n'a pas pu être gravi).

C'est organisé par les Randonneurs Autonomes Aquitains, et franchement niveau organisation, ils assurent!
Le parcours était bien tracé, certains secteurs n'étaient pas tip top mais il n'y avait pas meilleur choix d'itinéraire. Je pense surtout au premier 1/4 de route sans gros intérêt. En revanche, toute la descente vers les Pyrénées, c'était super chouette! Et le retour par la route des châteaux médocains en "cerise sur le gâteau". Quant aux contrôles, on pouvait difficilement espérer mieux: toujours une belle équipe constituée des clubs locaux à l'accueil, et de quoi boire, manger et dormir.

Niveau "stratégie de course", je l'ai menée un peu au doigt mouillé.
La seule règle que je m'impose, et pour l'instant je n'y déroge pas: être en autonomie complète, ne pas utiliser les points de dépose de bagages.
Pour le reste, c'était à 70% non préparé. J'avais établis un plan de route que j'ai vaguement suivi: 3h par nuit, 30min le midi, 15min à chaque contrôle, et une moyenne de 20 à l'heure pause "externes" comprise. En fait, c'était plutôt ambitieux pour mon état de préparation et de forme.
Niveau "cartographie", j'avais refait une feuille de route entièrement, avec ma propre méthode. Le GPS était là en backup, et allumé qu'aux moments de doute pour confirmer ou non la bonne direction.

En route, j'ai dû faire face à des difficultés que je n'avais pas anticipé et qui me serviront d'étalon pour la suite:
- Un départ trop rapide dû à l'excitation depuis le départ du premier groupe de la veille
- Des escarres assez dégeulasses sur mon derrière, qui m'a obligé à enfiler mon second cuissard après l'ascension du Soulor. Depuis, impossible de rouler à nouveau cette selle, qui pourtant avait l'air de mon convenir
- La fatigue, étant parti avec un capital sommeil bien atteint
- La chaleur, mais ça je commence à savoir la gérer plutôt bien suite au BTR de l'année précédente qui fut une vraie épreuve
- Une remontée venteuse des Landes, que j'aurais aimé anticiper au vu des prévisions météo. Il était annoncé un vent assez prononcé venant du nord (en pleine face) pour le lendemain, et la bonne décision était de rouler toute la nuit pour l'éviter au maximum sur les 150 dernier km. Malheureusement, arrivé à Mimizan je n'avais pas d'autre choix que de dormir vu mon état de fatigue lié à une mauvaise gestion du départ notamment. J'y ai perdu environ 4h30, soit 90km potentiels que j'ai dû faire de jour, dans le vent.

Au total, en chiffres, ça donne:
- 86h pour un objectif de 75h environ (+/- 10%)
- 10h de sommeil "nuit" cumulés (J1=3h, J2=3h, J3=4h)
- de nombreuses pauses "sieste 20 min", efficaces mais trop récurrentes surtout sur la fin, étant bien entamé
- une moyenne de 17 km/h en retirant le temps de pause prévu initialement, soit 3km/h de moins que les 20km/h estimmés

Au final, ce que j'en tire comme leçons:
- Il faut être bien mieux préparé physiquement, et mieux reposé
- Emporter moins; j'ai pris un sac de couchage que j'ai utilisé 1 fois et dont j'aurais pu me passer
- Tester plus longtemps sa selle
- Toujours emmener du baume du tigre, ça m'a bien soulagé mes escarres et les tensions dans les trapèzes
- Toujours emmener une pommade antibactérienne: j'ai réussi à me planter mon grand plateau dans la cheville avec la fatigue, en m'arrêtant comme une merde, et que j'ai pu commencer à soigner à 5h du matin avec ça. J'ai une belle cicatrice maintenant
- Passer moins de temps aux contrôles et sur les arrêts inutiles

Pour le reste, j'étais super content d'y participer et de rouler avec ceux qui m'ont accompagné, à travers de magifiques paysages, sur des bouts de route le jour: le peloton RCA, Thierry et Alain des RAA, Sebastian et quelques personnes dont j'ai oublié le prénom. La nuit, j'ai roulé seul et je pense que ce sont des moments de solitude complète que j'apprécie tout particulièrement.

La trace complète
https://1200desraa.blogspot.com/

Quelques images en vrac, rescapées de cette aventure:



 Les landes...

dimanche 6 mai 2018

La saison des brevets

Ayé, la saison des brevets a commencé depuis 2 mois!

Première épreuve, le brevets de 200 d'Angers à pignon-fixe, pour la troisième fois consécutive. La reprise n'est pas facile...

https://www.strava.com/activities/1510762963

Puis sans transition, le brevet de 400 de Ménigoute sur la nouvelle randonneuse Cyfac, toute première sortie avec (je n'avais fait que 500m dessus!).

Beaucoup de grosse route, pas top... Il en faut pour tous les goûts!









Grosse fatigue après l'arrivée au moment de reprendre la route. Je fais 20km et je commence à m'endormir au volant. Je m'arrête pour 20 min de sommeil, puis un peu plus de 2h...

Pour s'en remettre, petite sortie à travers quelques hauts lieux touristiques de la vallée de la Loire, sous un soleil féroce!







https://www.strava.com/activities/1554221791

samedi 30 décembre 2017

Être pressé de prendre son temps - BTR 2017

   L’année 2017 est terminée, c’est l’heure de faire les comptes et de se souvenir du meilleur, et de cette aventure en particulier

   C’était il y a un an déjà, un an que je décidai de m’engager sur la BTR 2017. Six mois avant le départ. A ce moment là, le temps devant moi me paraissait presque infini, j’étais loin de me douter dans quoi je m’embarquais.

   Au printemps, en guise de préparation, un premier brevet de 200 dans le Poitou, puis un second, le désormais rituel BRM 200 d’Angers à pignon fixe. Un peu léger. Alors début Mars, en courant après le temps pour m’entraîner, je tente de le rattraper lors d’un week end sportif dans le Massif Central, écourté par la mouise.

   Bref, le 9 Juin, jour du départ, j’étais confiant dans ma résistance mentale, beaucoup moins dans mon état de forme alors bien attaqué par le manque de sommeil et de préparation.

   L’aventure partait bien pourtant : j’avais réussi à me dégoter un billet TGV Tours – Strasbourg direct avec emplacement vélo (la SNCF lâche trop rarement ce genre de pépite sur les rails), j’étais hébergé chez mon cousin que je n’avais pas vu depuis bien dix ans et que je me faisais une joie de revoir, et je découvrais Strasbourg, amie des cyclistes et de l’espace Schengen.





   Vendredi, la sortie de Strasbourg par la zone portuaire est un peu compliquée ; entre les poids lourds et les prostituées je ne me sens pas à ma place. Je rejoins le canal d’Alsace avant de couper plein ouest dans la plaine, direction le Mont Sainte Odile. L’ascension est ponctuée de grosses averses : alors que le matin même je me prélassais au soleil sur le toit terrasse vue cathédrale du duplex cossu dans lequel j’ai dormi la nuit précédente, le ciel désormais bien foncé lâche de ses tâches noires de grosses averses, ponctuant la grimpette vers le départ. La montée bientôt terminée, voilà Denis qui débarque sur sa toute nouvelle randonneuse JRD, un bijou. Je lui confie que je serais déjà très heureux de franchir la ligne d’arrivée dans le temps imparti, je n’en attends pas plus.


   En réalité, j’ai découpé mentalement ce trajet en deux parties : avant et après l’enchaînement Grimsel – Simplon. Ce sont ces deux difficultés que je redoute, parce que oui je pars avec un autre handicap, je n’ai jamais grimpé de col alpin. L’objectif premier, franchir cet enchaînement. Ensuite, advienne que pourri (SCARM copyright).

   Revenons à l’abbaye de Hohenbourg en haut du Mont Sainte Odile. Tous les partants se sont regroupés dans le hall d’exposition pour se mettre à l’abri. On tente de récupérer avant le départ, on peaufine les derniers détails, on recharge les batteries et on remplit les bidons. Après un repas plutôt copieux et lourd, le brieffing de départ est annoncé. Luc Royer nous rappelle les règles évidentes de circulation, l’esprit dans lequel il veut que nous abordions l’aventure (et non la course), et nous souhaite bonne route. Départ.






   La pluie s’est calmée. Je me suis bien couvert pour la descente. Je me place au milieu du peloton, qui descend plutôt prudemment avec le noir et l’humidité. Pourtant j’ai envie de prendre de la vitesse ; plus que l’ascension, je m’éclate en descente. D’ailleurs, à peine 1km de parcouru et Paf ! J’ai pincé sur une caillasse, et écorché légèrement les flancs extra light des Compass…

   Le maillot du SCARM, le maillot poissard, je l’ai emporté…

   Après avoir changé de chambre à air, la nuit se passe plutôt tranquillement. Le parcours suit plus ou moins le Rhin, à travers la plaine. Je me sens bien et l’ivresse de la nuit me fait appuyer un peu trop, mais consciemment : le Mont Blauen m’attend, et je sais que je vais y souffrir moralement. Je fais une pause dans les rues désertes de Mulheim avant de me jeter dans la gueule du loup. Ça grimpe doucement, puis il faut quitter la route principale avant de se retrouver devant le mur. L’obscurité intensifie l’impression. Je me bats avec le dénivelé, debout sur les pédales. Je coupe l’éclairage qui clignote par le manque de vitesse quand je n’ai pas besoin de me signaler. La lune, bien présente, me suffit pour voir la route.
Avant d’atteindre le sommet, il faut tourner à droite à la fourche, d’où descendent d’autres participants arrivés bien avant moi. Au sommet, le gros du peloton est déjà reparti, c’est l’heure de manger une salade que j’avais apporté pour l’occasion. Après une quinzaine de minutes de pauses, j’amorce la descente en regardant attentivement un emplacement pour dormir : le jour commence tout juste à pointer son nez au plus froid de la nuit, il faut que je dorme. Le perron de l’étage d’un bâtiment de stade fera l’affaire, un participant est déjà là. Deux personnes nous rejoignent peu après.

   Deux heures plus tard, je décide de repartir pour ne pas perdre de temps et atteindre la Suisse : j’aimerais être au pied du Grimsel dans la soirée.




   Après avoir mangé un croissant à la crème pâtissière en Allemagne, la traversé de la suisse sur les itinéraires cyclable est tout simplement magique et calme ; en contrepartie je m’ajoute quelques kilomètres et mets à mal ma moyenne en choisissant les chemins (roulants). Une bonne plâtrée de pâtes à midi ; j’en vois passer quelques uns alors que je prends mon temps à l’ombre.
Puis Lucerne et son lac m’éblouissent. Arrive Méringen après deux petits cols successifs, il est 19h00 et j’ai envie d’arrêter là pour aujourd’hui. Je tourne pour trouver un spot de bivouac, mais finis par prendre une chambre d’hôtel en dépit d’endroit acceptable. Je m’endors à 21h00 sans aucun problème sans mettre de réveil, je veux récupérer. Sept heures de sommeil profond…






   Départ prévu pour 4h30/5h. Je me rends compte que le soleil de la veille m’a bien cramé. Ce sera manches longues et jambières pour les jours suivants. Je m’étais déjà fait avoir le long du Léman, décidément le soleil et les lacs…

   Avant l’ascension du Grimsel, je croise Swanee et Stéphane qui viennent de se mettre en selle après avoir bivouaqué un peu avant. A ce moment ci, je ne sais pas encore quel col sera au menu de l’après-midi ; il me reste à choisir entre le Simplon et le Nufenen.

   L’approche me paraît interminable, derrière chaque pallier s’en cache un nouveau, le sommet me fuit. A côté de nous passent sans répit motos et grosses voiture de sport, mes oreilles apprécient peu... Après avoir bataillé, les derniers lacets font leur apparition. A ce moment, l’ombre de la montagne laisse place au soleil, déjà brûlant en cette fin de matinée. Au sommet, quelle joie ! Des skieurs ayant profité des dernières neiges arrivent des hauteurs. Je décide de ne pas trop traîner, j’ai déjà perdu assez de temps comme ça, ou du moins je n’ai pas encore compris que le temps qui s’écoule, c’est très secondaire.





   La descente est un pur régal. En bas, je croise un groupe de touristes à mobylette : c’est plutôt original ! Allez, je roule jusqu’à la bifurcation pour le Nufenen et je me décide. Voyant toutes les motos s’y lancer, je renonce et pousse jusqu’à Brig au pied du Simplon. Là, gros coup de barre. Il fait chaud, je mange et fais une grosse sieste.

   Au moment de repartir, je traîne la patte. Il est déjà près de 14 heures… Je vois alors passer Swanee et Stéphane que j’avais laissé dans l’ascension du Grimsel, c’est décidé je les suis. Plus nous grimpons sur la veille route, plus la chaleur se fait sentir. Swanee aussi est KO, mais semble plus déterminée à affronter ce morceau, alors que je parle déjà de m’arrêter dormir pour reprendre à 17h. Une fontaine salvatrice se dresse alors sur le bord de la route, l’eau est fraîche et paraît succulente dans ces conditions.
On y fait le plein, et visiblement nous ne sommes pas les seuls à en avoir profité au moment opportun : deux belges en vélo de randonnée que nous suivions depuis quelques minutes s’y sont aussi arrêtés. Eux repartent plus vite, pressé par les délais de cette BTR. Ils sont plutôt impressionnants avec leurs gros vélos équipé de sacoches arrières, leur rythme est remarquable.
De nombreuses pauses se succèdent dans cette ascension. L’ancienne route rejoint l’actuelle qui d’une 2x2 voies se réduit en 2 voies. Mais bizarrement, c’est beaucoup plus supportable que dans le Grimsel, sans doute grâce à la route plus large. Les derniers grands lacets se font sous des tunnels semi-ouverts, à l’ombre et au frais, quel bonheur !



   Arrivé au sommet, le sentiment de l’affaire accomplie brillamment, on fait le plein d’eau et saluant de nouveau les belges qui viennent de finir leur arrêt au bar. Puis on amorce la descente, peu sinueuse et large. La vitesse monte, je décide de ne pas attendre Swanee et Stéphane et plutôt de profiter de ce toboggan géant, nous saurons nous retrouver plus bas. Le compteur GPS ne tarde pas à afficher 80km/h : le vélo chargé et la géométrie agressive de ce vélo me font lever le pied, bien que je me sente en confiance. C’est une tuerie cette descente ; peu de pilotage mais grandes sensations !

   Arrivée en bas, je trouve un petit supermarché pour faire le plein bien qu’on soit Dimanche. En sortant, voilà Swanee et Stéphane qui font leur apparition. C’est l’heure de la pause Magnum, le premier d’une longue série. Swanee apprend au même moment qu’Alain n’est pas au mieux de sa forme, et vient de rejeter le contenu de son estomac à cause d’une isolation. Alain était parti avec eux, et s’était retrouvé derrière, souffrant déjà d’une grande fatigue. Il tentera de s’avancer avec le train demain, après une nuit à l’hôtel au sommet du Simplon.

   Nous repartons alors que la soirée commence à arriver. Nous voulons atteindre le Mottaronne, ou au moins sont pied. L’approche paraît interminable, j’ai tellement envie de m’arrêter et de me poser, de m’empiffrer, après cette journée particulièrement éprouvante. Les deux cols plus la chaleur nous ont tous bien entammés. C’est chose faite à Stresa, dans une pizzeria. Mes deux compères avalent pâtes et pizza, je me contenterai que d’une pizza. Nous repartons la nuit tombée, direction Gignese pour s’avancer dans l’ascension et trouver un spot de Bivouac. Les habitations mettent du temps à s’espacer, et quand un coin est libre c’est qu’il est trop pentu. Mais au bout d’un long moment, alors que tout le monde est à bout, une aire de pique-nique se découvre sur la droite : c’est parfait ! Un robinet relié à la source en cerise sur le gâteau.

   La nuit est courte, et j’ai plutôt mal dormis sur ce sol racineux, sans matelas. Oui, j’ai fais l’impasse sur le matelas pour partir léger. Mais ça ira, je me suis suffisamment reposé. L’ascension nous tend les bras, nous sommes déjà dedans. Une fois les barrières du parc naturel passées, le paysage sauvage fait son apparition. La pente est plutôt raide et le revêtement granuleux, mais je suis optimiste, je prends beaucoup de plaisir. Le soleil a fini de se lever lorsque nous sommes là haut. Nous prenons une photo du check point, admirons le relief en prenant un sans blanc de petit dej’, et repartons.





   La descente est magnifique, le paysage ouvre sur le lac d’Orta et sa vallée. Une fois en bas, il faut longer le lac sur une route ma foi pas terrible. Un arrêt bistro vers 9h pour prendre un coca, et c’est parti. On voit alors arriver Guillaume sur son PlanetX. Il nous dit être plutôt en difficultés, il ne digère plus rien. Il roule avec nous pour relier Turin et prendre un train.







   La traversée de la plaine du Pô n’est vraiment pas facile. Nous roulons sur de petites routes, pendant que le soleil écrasant et le manque de relief nous fatiguent beaucoup. Une pause glace à une cinquantaine de kilomètres de Turin nous redonne un peu d’énergie, mais Guillaume en est vraiment à bout. Il trouve quand même suffisamment de courage pour finir, et arriver avec nous à Turin, pour partager un casse-croûte dans un joli pare-terre rempli de merdes de chien. Il y a des bancs au moins.



   Une fois repartis nous laissons Guillaume atteindre la gare, alors que nous nous engageons sur une sorte de « Boulevard des Maréchaux » en bien plus défoncé et sans aménagement cyclable. Une horreur. Alors que mon cul ne veut définitivement plus s’asseoir sur cette Brooks C13 carved, nous croisons un magasin de vélos. J’y achète une nouvelle selle, ils me l’installent et me la règlent. L’ironie de l’histoire c’est que j’avais hésité à monter une Selle Italia Flow avant de partir, en me disant finalement que ce n’était pas raisonnable de partir sur une selle inconnue alors que, malgré la gêne lors de l’épopée dans le Massif Central, j’avais déjà roulé cette C13. Et cette fameuse Italia, c’est celle que je viens d’acheter au bouclard italien, la même en tous points…

   Une fois reparti, c’est beaucoup mieux. La douleur disparaît peu à peu. La C13 a trouvé sa place ficelée avec une chambre à air sur la sacoche de selle, je n’allais quand même pas laisser une selle à 200 boules qui ne m’appartient pas derrière moi.

   La suite de la route vers l’ascension de Montgenèvre est longue et droite, avec des bagnoles en quantité. Un arrêt Magnum en soirée fait office de dîner. Alain nous informe qu’il se trouve dans l’ascension ; il est arrivé par le train à Susa et s’est avancé pour passer la frontière et prendre à nouveau le train. Le soleil décline, les couleurs sont magnifiques, et le trafic disparaît. Cette ascension ravive mes sentiments du matin, après un passage vers l’enfer dans la journée. Tout est calme, nous avançons doucement.





   Alors que je me rends compte que la réservation pour la chambre de 4 à Montgenèvre est programmée un peu tôt, je décide de prendre les devants en profitant de ma belle forme pour assurer de dormir confortablement. Je croise Alain peu avant Oulx, il s’était arrêté dans un bar de camping pour le dîner, Swanee et Stéphane le récupèreront.

   L’ascension se fait dans le calme et la plénitude, le paysage se déroule tout seul dans le noir. Pour seule animation, quelques camions polonais de transports express se dirigent vers le sommet pour passer la frontière. Arrivé à Césane, je croise la Chilkootmobile qui part à la rencontre de mes trois compères. On me met en garde sur les deux tunnels interdits aux vélos, qui obligent à prendre l’ancien itinéraire. La pente forcit alors, et mon rythme ralentit. Mais l’ivresse de la nuit me fait me sentir tellement bien ! J’arrive alors dans l’itinéraire pour cyclistes et ses vieux tunnels désaffectés, lugubres et remplis de poussière. On peut y voir les traces de pneus des cyclistes passés avant. La nuit et l’éclairage bleuté de mon phare, dans lequel s’échappe une ou deux chauve-souris, les rendent encore plus glauques.

   Une fois sorti des tunnels, ici Clavière, la frontière me tends les bras ! Je laisse échapper ma joie, les deux soldats de la carabineri italienne me regardent d’un drôle d’œil. Bref, je me dépêche, il est bientôt minuit et j’ai des clés à récupérer dans un hôtel de Montgenèvre.

   Une fois dans la chambre, une bonne douche et direct au lit. Les trois autres arrivent près de trois quart d’heure après moi, je les entends à peine dans mon sommeil.

   Il est presque six heures, nous voilà reparti au petit matin. Il fait froid, plus froid que la veille. Ou alors, c’est cette descente de col qui est froide… Nous descendons vers Briançon. A peine arrivés nous croisons la Team Détente qui émerge de sa nuit d’hôtel. Tout le monde à la boulangerie pour le petit dej’ ! Puis c’est reparti, la Team Détente est en forme et envoie gros, objectif le Ventoux dans la soirée. Nous restons derrière jusqu’à nous faire distancer. La descente de la vallée sur la N94 est désagréable, beaucoup de camions passent à quelques cm de nous. Alain nous quitte à Embrun après une pause café. Nous continuons le long du lac de Serre-Ponçon.








   Pour s’écarter de la N94, petit détour depuis Chorges vers Montgardin, ou comment manger du dénivelé inutilement. Mais c’est vraiment chouette comme coin, nous ne regrettons pas une fois de nouveau sur le petit bout de N94.



   Direction Sud par la D942 jusqu’à Tallard et son château, ou nous voyons passer des supercars bariolées conduites par des gosses de riches se faisant des vacances « rallye deluxe » (le StreetGasm2000).



   A Tallard, c’est l’heure de bien manger en s’attablant à un petit resto qui sert des plats bio, ma fois super bien cuisinés. Une petite sieste à l’ombre dans un parc public pour couronner le tout, et il est déjà bien 14 heures… Il fait chaud, très chaud, alors une dizaine de kilomètres plus loin, on s’arrête sous l’arrosage automatique des vergers, c’est tellement bon !


   On se dirige ensuite vers les Gorges de la Méouge, en s’arrêtant au village Le Plan situé juste avant pour faire le plein des bidons. Un local nous informe, en rentrant chez lui, que l’eau de la fontaine n’est pas potable alors que rien est indiqué dessus. Il nous invite à faire le plein chez lui ; c’est un cycliste qui tient un gîte, chez lui, sur la place du village. Il nous donne quelques indications sur ce que nous allons rencontrer, et nous donne une boîte de pâté maison pour la route.

   Puis nous nous lançons dans ces gorges Ma-Gni-Fiques ! De jolis soulèvements rocheux qui ont été mis à jour par la Méouge. Je suis plutôt époustouflé par les paysages et les vues depuis le début, mais ces gorges, un havre de paix.





   Après avoir distancé Swanee et Stéphane dans ces gorges, je fais un long arrêt dîné à Séderon, l’occasion de prendre mon temps et de les attendre. Il nous reste encore le Col de Macuègne et juste au-dessus le col de l’Homme Mort à franchir, une broutille.





   Arrivés à Sault, on se prend un demi pour achever cette journée. L’idée est d’attaquer les pentes du Ventoux pour y dormir. La nuit tombée nous voilà parti. Je me sens léger, tellement qu’une fois arrivé au panneau annonçant le départ de l’ascension, je me rends compte que j’ai oublié mon sac à dos contenant ma poche à eau, mais surtout tous mes papiers, et mes clés !

   Ni une ni deux, je sprinte jusqu’à Sault comme jamais je ne l’avais fait, le bar vient de fermer… Heureusement, j’avais laissé mon sac en terrasse, derrière un panneau qui n’a pas été retiré. Je suis soulagé ! Retour vers les pentes du Ventoux en 4ième vitesse, j’y retrouve Swanee et Stéphane qui ont trouvé un coin pour bivouaquer.



   Départ à 4h30 bien tapés pour attaquer le Ventoux. Je suis en forme, et part seul devant. La route serpente dans la forêt, le dénivelé peu agressif me permet de randonner tranquillement. Le jour apparaît peu à peu, et le paysage de forêt commence tout juste à se découvrir quand je suis déjà rendu au chalet Reynard. La pente se corse alors, cependant il n’y a pas de vent, et l’air est frais. C’est long dans ce paysage désertique, mais entre la vue epoustouflante et la lecture peinte sur la macadam je me régale. En haut c’est l’exultation, il est sept heures et le soleil vient de se lever sur l’horizon, un grand spectacle.










   Cela fait maintenant un peu plus de 4 jours que je suis parti. La réalité me rattrape alors : dans une semaine jour pour jour, je dois rendre un mémoire pour la fin de mes études, corrigé et imprimé. Seulement, à ce moment précis, il doit être achevé à 40 %. Stratégiquement, c’est chaud et il va falloir choisir.

   Première option, continuer à rouler jusqu’au Mont Aigoual ; je devrais y être tard dans la soirée, et le BTR sera bouclé. Il me faudra par contre rouler une demi-journée ensuite pour prendre un train à Rodez, dormir sur Limoges selon le timing face aux horaires SNCF, et enfin atteindre Tours.

   Seconde option, renoncer à finir la BTR et prendre tout de suite un train à Carpentras pour me remonter sur Lyon, et rentrer le soir même sur Tours. Depuis la veille, je tend à privilégier la seconde option ; mon carton tamponné de la BTR ne m’aidera sans doute pas à trouver du boulot, et puis c’est chiant à insérer dans le CV.

   J’attends une heure au sommet le temps de voir débarquer Swanee et Stéphane pour leur dire au revoir, et descendre du Géant de Provence par Malaucène. Traversée express de Carpentras, un stop en Avignon, puis à Lyon où je retrouve une amie, et enfin Tours en direct par l’Intercité (5h…).





   Finalement ce BTR ce n’était qu’un prétexte pour faire une belle randonnée, passer au travers de paysages exceptionnel et encore inconnus pour moi. Sans aucun doute, j’aime la longue distance et l’autonomie, mais par dessus tout j’aime découvrir. Et le vélo a cette force de toujours donner ce sentiment d’explorer. Swanee et Stéphane ont eux atteint le Mont Aigoual juste avant l’heure fatidique, je les félicite à distance bien que j’aurais aussi aimé être là.